Le Dieu des Haïtiens
(Par Chouche)
Dans la foulée du tremblement de terre à Haïti, la plume des éditorialistes s’enflamme. Comme dans le cas d’une catastrophe naturelle, on ne peut blâmer aucun gouvernement, ni les terroristes, ni aucun des maux traditionnels de la société (hypersexualisation des jeunes… société de consommation… etc., etc.), quelques journalistes à l’instar de Patrick Lagacé et de Nathalie Petrowksi ont eu l’idée de blâmer Dieu cette fois-ci. Le questionnement cinglant qui était perceptible dans leurs allusions était le sempiternel : si votre Dieu existait, pourquoi vous éprouverait-il autant ? Ce raisonnement typique d’athée dans le genre I rub your believes in your face each time I can m’a quelque peu choquée.
J’ai pensé qu’en réponse, je pourrais dire que la foi sert justement à traverser les périodes difficiles et à trouver du réconfort face à l’inexplicable. J’ai pensé que c’est facile de blâmer Dieu à chaque fois que ça va mal, mais de considérer que tout ce qui va bien nous est dû et n’est dû qu’à notre grand mérite. J’ai pensé que peut-être que les Haïtiens se considèrent chanceux pour un tas de choses, comme d’avoir une famille qui les aime, d’avoir un toit sur leur tête, même fragile, d’avoir quelque chose à mettre dans leur assiette ce jour-là, d’avoir un peu de pluie pour arroser leur jardin, et qu’ils sont reconnaissants à Dieu pour ça. J’ai pensé que le principe de la foi, c’est justement d’accepter le mystère, d’accepter de ne pas tout comprendre et de faire confiance quand même. Je me suis aussi dit que lorsqu’on est croyant, la mort n’est pas la fin de tout et peut même être considéré comme un passage vers meilleur. En conséquent, elle n’a pas l’aspect terrifiant qu’elle peut avoir pour ceux qui voient en elle la fin définitive de la vie.
Et puis je me suis rappelée une réplique formidable d’un de mes téléfilms préférés, L’Allée du Roi, que j’ai déjà évoqué sur mon autre blog. À la fin de sa vie, le Roi-Soleil voit mourir en quelques mois presque toute sa descendance qui avait jadis tant fait sa fierté : son fils, puis son petit-fils et l’épouse de celui-ci, et enfin son arrière-petit-fils. Dans l’une des scènes du téléfilm, on le voit vieux, en deuil et très affligé ; il se questionne sur les raisons de Dieu à l’éprouver ainsi. Sa femme, la pieuse marquise de Maintenon, a cette réponse si révélatrice de l’esprit des croyants : « Si nous savions tout ce que Dieu sait, nous voudrions tout ce qu’Il veut. » À mon avis, ça veut tout dire. Nous ne savons pas tout ce que Dieu sait, alors nous ne pouvons pas comprendre ce qu’il veut. Si nous avions accès à la compréhension de ce mystère qu’est la vie, nous comprendrions que tout ce qui se passe a un sens.
Et c’est en quoi les croyants transportent en eux une force que les athées n’auront jamais. Ils acceptent de ne pas tout comprendre et ils croient qu’en bout de ligne, tout ce qui arrive a un sens et une raison d’être. Ça leur permet d’accepter ce qui apparaît comme inacceptable et de rester forts dans d’épouvantables catastrophes.
Voilà la réflexion que je me suis faite sur le Dieu des Haïtiens et sur la force incroyable que ces gens-là ont en eux. Et mon admiration, de même que mes pensées, sont avec eux.
Add comment 19 janvier 2010
Salut, Mano Solo
(Chouche)
Voilà que le moment que tu redoutais tant et qui était aussi ta muse la plus puissante est arrivé. Hier, tu nous as quitté.
Ta poésie brillante et poignante m’a marquée à jamais. Tu demeureras toujours le compagnon de mes moments de mélancolie. Puisque « tant que quelqu’un écoutera ta voix, tu seras vivant dans notre monde à la con« , je t’achète encore quelques années d’éternité.
Merci pour tes mots, ta voix et ta musique. J’espère de tout coeur que tu aies trouvé le repos maintenant que pour toi il n’y a plus de mort.
Et moi je me console comme je peux en fredonnant à répétition mes lignes préférées:
Et sur la tête de ma mère, moi j’te jure qu’elle est belle la vie.
Et sur la tête de tous mes frères – pas sur la tête de mon chien,
Lui c’est mon copain.
– Chacun sa peine (La Marmaille nue)
Je n’ai jamais vendu mon âme, mais mille fois je l’ai offerte
En pure perte, en pure drame – en pâture aux femmes.
- Dis-moi (Les Années sombres)
Mais des fois – va savoir pourquoi,
Alors que tout Paris t’ouvre les bras,
Tu te retrouves collé sur un pavé
Avec un Sacré-Coeur gros comme ça.
– Sacré Coeur (La Marmaille nue)
À vingt-quatre ans du matin
La mort m’a serré la main
Et en me tapant un coup dans l’dos,
Elle m’a dit : Salut ! et à bientôt !
- 15 ans du matin (La Marmaille nue)
Et ma chanson préférée d’entre toutes, Pas du gâteau:
Salut, Mano Solo, et à un de ces quatre!
Add comment 11 janvier 2010
2010, que seras-tu ?
(Chouche)
Je vous le dis : j’ai un bon feeling pour cette année. 2010, c’est un beau chiffre, c’est une nouvelle décennie. Ce sont là mes seuls arguments pour justifier mon optimisme face à cette année qui vient. Mais dans ce monde plein d’opportunités et de merveilles, à 25 ans, nouvellement fiancée et à six mois d’avoir une maîtrise en poche (optimisme, encore une fois !), ne pas être optimiste serait criminel !
J’ai aimé 2009. J’ai fait un beau voyage qui m’a ramené en Russie et en Europe, j’ai apprécié vivre à Montréal, j’ai eu la chance d’avoir un couple sans nuages. Et, le plus important, j’ai pleins de projets. C’est ça qui garde en vie.
Pour 2010, je n’ai que deux résolutions, qui sont plutôt des objectifs :
1 – Finir ma maîtrise au plus sacrant. Je n’éprouve aucun plaisir dans mes études et je me sens un peu perdue dans la montagne de travail qui m’attend, mais ça ne change rien. J’ai investi trop de temps et d’argent là-dedans pour abandonner aux trois quarts du parcours, et ce même si le pire (rédiger le mémoire!) est à venir. Donc je me donne un coup de pied au cul et je planche sur ma maîtrise avec l’objectif de la terminer avant le 1er juillet 2010. Après ça, on n’en parle plus et on passe à un autre appel.
2 – Perdre 10 livres. Je ne serais pas une fille si je ne commençais pas l’année par un régime. J’adopte le régime « Rock Détente » (car entendu sur les ondes de Rock Détente) qui consiste à faire attention à ce que je mange du dimanche au jeudi et de me permettre des extras le vendredi et le samedi. Ça évite de se retrouver à faire un trip-bouffe après 3 semaines de carottes et de salade et ça élimine le sentiment de restriction constante. Je me fixe aussi l’objectif de bouger plus, parce qu’avec la maîtrise (et avec ma paresse naturelle) disons que la tendance est à la sédentarité…
Oh oui, et écrire beaucoup. Ici et ailleurs. Parce que je suis bonne là-dedans et que j’aime ça.
Je vous souhaite une excellente année 2010. Passez du temps avec ceux que vous aimez et essayez de réaliser vos rêves !
Add comment 4 janvier 2010
Au revoir grand-maman et merci pour tout!
(Par Chouche)
Jeudi le 10 décembre dernier s’est éteinte une femme exceptionnelle à la vie exceptionnelle, ma grand-mère maternelle Annette. Toute ma famille s’est réunie les 17 et 18 décembre pour lui dire au revoir et pour célébrer sa longue et belle vie. De cette longue et belle vie, j’aimerais dire quelques mots ici aujourd’hui.
Ma grand-mère est née le 8 décembre 1917, en pleine Première Guerre mondiale et en pleine épidémie de grippe espagnole. Elle était la plus âgée des filles d’une famille de dix enfants. Le 25 mars 1943, elle épouse mon grand-père, Maurice, qui était âgé de trois ans et demi de moins qu’elle. C’était les beaux et longs cheveux de ma grand-mère qui avaient séduit celui qui allait devenir son époux. À l’époque de leurs noces, Maurice venait de s’engager volontairement dans l’armée. Son rôle sera de former des parachutistes pour les champs de bataille européens. Lui-même allait être envoyé en Europe lorsque la guerre s’est terminée. L’armée lui propose ensuite une entente qu’il accepte aussitôt : celle de poursuivre des études universitaires en administration toutes payées en échange de 5 années de service dans les Forces. Ces 5 années se transformeront en une carrière entière dans l’armée, ponctuée de nombreuses missions à l’étranger et par plusieurs déménagements à travers le Canada. Ma grand-mère fait sienne l’expression « qui prend mari, prend pays » et elle suit son mari à travers le Canada sans broncher, avec une famille qui s’élargit. En effet, sept enfants, quatre garçons et trois filles, naîtront en dix années. Mes grands-parents ont d’ailleurs la douleur de perdre l’aîné, atteint d’insuffisance rénale, à l’âge de quatre ans.
Souvent seule avec les enfants puisque mon grand-père partait régulièrement en mission, ma grand-mère veille sur sa famille avec doigté et efficacité. Elle gère les ressources sans rien gaspiller, recyclant et récupérant tout bien avant que ce ne soit la mode de le faire. C’est une femme discrète avec un sens pratique aigu qui préfère laisser les grandes réflexions philosophiques à son mari pour s’attaquer de front aux réalités du quotidien.
Ma grand-mère appartenait à une génération de femmes pour qui la promesse « pour le meilleur et pour le pire » n’était pas que des mots creux. Quand mon grand-père développa un problème d’alcoolisme (un problème fréquent dans l’armée à une époque où les ressources pour les soldats de retour du front manquaient), elle resta à ses côtés contre vent et marée et prit sur elle-même toute la famille, notamment l’aspect financier. Lorsque mon grand-père meurt en 1984 à l’âge de soixante-trois ans, usé prématurément par les excès de la fin de sa vie, ma grand-mère doit se faire soigner pour une dépression, conséquence des vicissitudes des dernières années.
Remise sur pied, elle entre dans une nouvelle période heureuse de sa vie ponctuée de voyages, d’une vie sociale très active et entourée de sa famille maintenant agrandie de dix petits-enfants. Tous les dimanches, toute la famille se réunit chez elle : dans le salon, les adultes ont des discussions animées; dans la chambre, les enfants jouent avec la boîte à jouets. Nous apprécions tout particulièrement les sucreries qui nous attendent lors de ces réunions, car ma grand-mère ne manque jamais de nous préparer des biscuits ou du gâteau lorsqu’elle nous reçoit! Parfois aussi, elle nous montre ses vieilles photos et nous parle de ses souvenirs, ou bien nous regardons des vieux vidéos de ses voyages. Elle transmet ses connaissances en couture et en tricot à ma soeur Marie-France et à plusieurs de mes cousines. Sa discrétion, son écoute, sa patience et sa générosité sont des qualités que nous lui reconnaissons unanimement.
Jusqu’à l’âge de 87 ans, elle vit de façon autonome dans son appartement. Ce n’est qu’alors que son état commence à se détéoriorer et qu’il faut la faire déménager dans un appartement au sein d’un foyer pour personnes semi-autonomes, puis vers un CHSLD. Ces dernières années sont très difficiles pour ses enfants qui voient leur mère très diminuée, mais qui continuent à être très présents auprès d’elle et à l’entourer d’amour. C’est entourée de ses enfants qu’elle s’éteint le 10 décembre 2009, soit exactement 92 ans et 2 jours après sa naissance.
Je conclus de la même façon que j’ai conclu le texte-hommage que j’ai écrit pour elle à l’occasion de ses funérailles:
Grand-maman, de cette famille dont tu étais l’auteure et le pillier, tu es maintenant devenue l’ange gardien. Merci pour tous ces souvenirs et tout cet amour que tu nous as donné et qui nous resterons à tout jamais. Nous te disons au revoir, grand-maman, et nous t’emportons pour toujours avec nous dans nos coeurs.
Je t’aime grand-maman, merci pour tout! xxx
Add comment 23 décembre 2009
L’histoire ignorée (1)
(Chouche)
À quoi ça sert d’étudier l’histoire ?
Question à 100 $. Quand on étudie l’histoire, c’est la question à laquelle on doit répondre le plus souvent. De la part des profanes, bien sûr, mais aussi de la part du milieu historien. Imaginez, si même les historiens, qui consacrent les plus belles années de leur vie à se faire chier à l’étudier, ne peuvent même pas trouver une utilité à l’histoire… on est mal barrés.
Une chose est sûre, c’est que si on s’intéressait un peu plus à l’histoire, ça nous permettrait de remettre en perspective notre siècle que l’on considère si unique – le plusse pire de tous les temps, entend-on souvent. À croire que c’est nous qui avons inventé la guerre, l’immoralité, le mépris de l’environnement et tous les vices. Il y en a qui gagneraient à ouvrir un livre d’histoire de temps en temps.
Voici quelques-unes des énormités que j’entends et sur lesquelles j’aimerais réfléchir un peu aujourd’hui.
Mythe 1: La crise économique qu’on vit en ce moment est sans précédent.
Je vous invite à aller wikipédier l’année 1929. Non seulement le déroulement de la crise actuelle aurait pu être anticipé en se fiant à ce précédent, mais en plus, on peut dire qu’elle n’est pas comparable en gravité à celle de 1929. 10 % de chômeurs aux USA en ce moment, près de 25 % à l’avènement de Roosevelt en 1933. Et tout ça dans une époque qui n’avait pas les structures sociales pour venir en aide aux gens dans le besoin.
Mythe 2 : Si Tiger Woods trompe sa femme, c’est à cause de l’hypersexualisation et parce que la moralité est en perte de vitesse de nos jours.
Même à des époques hyper religieuses, avec le risque d’aller en enfer et tout, l’infidélité existait. Dans toute l’histoire, les hommes puissants, riches et célèbres ont eu des maîtresses, non pas à cause de l’hypersexualisation ou de la moralité en perte de vitesse… mais tout simplement parce qu’ils le pouvaient ! Parlez-en à Louis XIV, qui promenaient ensemble sa femme et ses deux maîtresses à une certaine époque de sa vie…
Mythe 3: Nous sommes les plus pollueurs et les plus insouciants par rapport à l’environnement de tous les temps.
Les plus pollueurs quantitativement, certainement ; mais les plus insouciants, pas du tout ! Nous sommes probablement les plus conscientisés par rapport aux conséquences de nos actes sur l’environnement. À quelle autre époque les chefs d’État se sont-ils rencontrés pour discuter des mesures à apporter pour protéger l’environnement ? Jamais !
Mythe 4 : Nous vivons dans un siècle de guerres où l’argent compte plus que les vies humaines.
Sans doute, mais y’a rien de neuf sous le soleil. Le 17e siècle n’a eu que 3 années de paix en Europe. Ce sont seulement les moyens qui changent. Et on peut regarder ça comme l’environnement : paradoxalement, nous sommes le siècle qui est le plus conscientisé par rapport à la violence et à la valeur de la vie humaine. Ce n’est pas rien.
Mythe 5 : Les gens du passé croyaient tous en Dieu, ne contestaient pas la religion établie et vivaient dans l’obscurantisme. Nous, en revanche, nous vivons au siècle de la science et sommes libérés de tout paradigme de pensée.
C’est l’une de mes matières à réflexion préférées, sur laquelle j’élaborerai plus tard. Mais disons seulement pour l’instant que tout au long du Moyen Âge et de l’Époque Moderne, malgré l’omniprésence de l’Église, il y avait beaucoup plus de réflexions qui étaient faites au propos de la religion qu’aujourd’hui. On la remettait en question, on la discutait, et parfois ça occasionnait de véritables ruptures au sein de l’Église (la Réforme au 16 siècle en est l’exemple le plus évident). En comparaison, notre siècle est très stérile en matière de spiritualité. Aussi, c’est un leurre de croire que la science nous libère : la science est, en elle-même, un paradigme de pensée, une lunette à travers laquelle on comprend le monde. Et elle n’a pas toutes les réponses, pas plus que la religion jadis.
La suite à venir !
1 comment 10 décembre 2009
Ivan Illitch et moi
(Chouche)
Il est rare que nous parlons littérature sur ce blog, et pour cause : je suis loin d’être une connaisseuse en la matière. Je lis beaucoup, mais presque seulement des livres d’histoire, des bonnes vieilles bios historiques hyper vulgarisées aux textes scientifiques absolument barbants. Côté littérature de fiction, je suis à deux doigts de l’inculture. Quand je me lance, j’opte plutôt pour des grands classiques que pour des nouveautés : question d’urgence, il me semble.
Ma relation avec Tolstoï est la plus vieille et la plus solide que j’aie avec la littérature. Dès l’adolescence, j’étais passionnée de Russie. C’est pour ça que j’ai voulu m’attaquer à la littérature russe. J’ai choisi au hasard le roman Anna Karénine parmi la petite sélection de romans russes disponibles à la bibliothèque de ma polyvalente, parce que l’auteur Tolstoï me disait vaguement quelque chose et que Anna Karénine, ça sonne joli. Ça m’avait pris quatre essais avant de passer au travers tant l’action était lente et l’enchevêtrement des personnages, compliqué (une constante de la littérature russe, ai-je compris par la suite). Mais l’oeuvre m’avait beaucoup touchée à cause du réalisme des personnages et de la perspicacité de Tolstoï dans l’analyse des relations humaines. Après, j’ai plutôt donné dans la lecture de nouvelles russes: c’est un meilleur compromis pour goûter à la plume des auteurs russes sans devoir y consacrer deux ans de sa vie et sa santé mentale. C’est là que j’ai découvert La Mort d’Ivan Illitch. Et c’est avec cette oeuvre que je me suis mise à aimer Tolstoï d’amour.
La Mort d’Ivan Illitch raconte la vie d’un homme qui mène une vie ordinaire et aisée jusqu’au jour où il se met à éprouver une douleur sur le côté de plus en plus intense et qui bientôt ne le lâche plus, le forçant à affronter l’idée de la mort qui s’en vient. La moitié de la nouvelle est le récit monotone de la vie d’Ivan Illitch avant sa maladie : travail, famille, quotidien, bienséance… Et la deuxième est celle de l’acceptation – ou plutôt, du refus – de la mort qui s’en vient. Cette réflexion sur la mort ne peut pas ne pas toucher tous ceux qui, comme moi, sont angoissés à l’idée de la mort.
Je me fais plaisir et je vous retranscris mon extrait préféré, qui est un peu long mais magnifique :
« Ivan Illitch voyait qu’il mourait, et il était désespéré en permanence.
L’exemple de syllogisme qu’il avait appris dans la Logique de Kiesevetter : « Caïus est un homme. Tous les hommes sont mortels, donc Caïus est mortel », lui avait paru juste toute sa vie en ce qui concernait Caïus, mais non par rapport à lui. Pour l’homme-Caïus, pour l’homme en général, c’était parfaitement juste ; mais lui n’était pas Caïus, il n’était pas l’homme en général, lui avait toujours été un être tout à fait, tout à fait spécial par rapport aux autres ; lui il était le Vania qui avait sa maman et son papa, qui avait Mitia et Volodia, ses jouets, son cocher, sa nounou (…), qui avait eu toutes les joies, tous les chagrins, tous les engouements de l’enfance, de l’adolescence, de la jeunesse. L’avait-il connu, Caïus, cette odeur du ballon à bandes de cuir que Vania aimait tant ? Caïus embrassait-il comme lui la main de sa mère, et l’entendait-il, Caïus, ce bruissement de soie que faisaient les plis de la robe de sa mère ? Caïus s’était-il insurgé contre les petits pâtés de l’école de Jurisprudence ? Caïus avait-il était amoureux comme lui ? Caïus pouvait-il, comme lui, présider une séance ? Allons donc ! « Et oui, Caïus est mortel et il est juste qu’il meure, mais pour moi, Vania, Ivan Illitch, avec tous mes sentiments et mes pensées, pour moi il est en tout autrement. Il ne se peut pas que je doive mourir. Ce serait trop affreux. »
Bref, une belle réflexion sur la mort, un chef-d’oeuvre de Tolstoï. Parfait pour vous initier à la littérature russe si vous avez peur des 900 pages de Guerre et Paix, avec raison d’ailleurs, et pour entrer dans l’univers de Tolstoï…
Add comment 2 décembre 2009
Tribulations de future mariée
(Chouche)
Pour votre plus grand malheur, ça y est, je vous chauffe les oreilles avec ça. Et – tant pis pour vous -, ça ne fait que commencer!
Depuis qu’à Paris mon amoureux a sorti de sa poche un écrin argenté contenant la plus ravissante bague de diamants, depuis que j’ai répondu « oui » à la question posée, depuis ce moment magique de la demande en mariage, je suis entrée de plein pied dans la réalité plus cruelle de l’organisation d’un mariage.
Comprenez-moi bien, je veux me marier. J’ai toujours voulu me marier, même si ce n’est pas la chose la plus à la mode en 2009 au Québec. Contrairement à beaucoup de filles, ce n’est pas la cérémonie du mariage et la réception qui m’allument (quoique, quelle genre de fille serais-je si je n’étais pas excitée à l’idée d’une robe de bal, de diamants et de fleurs??), mais bien le statut de femme mariée. Je viens d’une famille unie, le nec plus ultra de la famille nucléaire. Mes parents sont ensemble depuis 30 ans. Ils ont traversé des tempêtes, des moments creux. Mais ils sont encore ensemble et ils ne s’en portent pas trop mal. Vous comprenez donc que pour moi, la barre est haute. Je conçois mal d’avoir des enfants en dehors d’une union solide – à défaut de pouvoir garantir d’être capable de reproduire le modèle parental, au moins, j’ai l’ambition d’essayer ! Et puis, j’aime les traditions lorsqu’elles sont belles et c’en est une belle. C’est follement romantique de se marier. De jurer à quelqu’un de l’aimer toujours, quand au fond on n’a aucune idée de ce qu’on sera demain et de ce qui se passera dans nos vies dans l’avenir ! Bon d’accord, un mariage sur deux se termine dans un divorce. Ça n’enlève pas la noblesse de l’intention de départ.
Par ailleurs, une chose m’étonne. Je remarque souvent chez mes amis qu’ils ont peur de se marier, mais qu’ils trouvent beaucoup moins impliquants d’avoir des enfants. Pour moi, c’est l’inverse. Un mariage sans enfants, ça se dissout facilement, merci bonsoir, on ne se revoit plus jamais. Mais lorsqu’on a des enfants avec quelqu’un, on a beau être séparés, on va négocier tout le reste de sa vie avec cette personne-là. Mieux encore : notre enfant va vivre toute sa vie avec le choix qu’on a fait de son père. Enfin, je trouve ça bizarre cette espèce de peur de l’engagement du mariage alors que l’engagement d’avoir un enfant ensemble, ça semble être plus naturel…
Mais bref, tout ça pour dire que je veux me marier et, mieux encore, je veux me marier avec lui ! Le problème, c’est qu’il m’a suffi de tremper la petite orteil dans le monde de l’organisation d’un mariage pour être complètement dépassée.
D’accord, on sait que ça coûte cher un mariage. Mais cher comment ? Parce que le dilemme au fond, c’est : est-ce que j’accepte d’avoir un mariage qui va avoir l’air cheap ou bien je m’endette pour m’offrir un mariage de qualité ? Parce que croyez-moi, si vous lésinez sur la dépense, votre mariage aura bel et bien l’air cheap. Et qu’on se le dise, là-dessus je partageais l’opinion de Lyne-la-pas-fine: «Y’aura pas de Dream Whip à mon mariage!» Donc, amenez-en des dépenses.
Prenez la robe de mariée. Aujourd’hui avec Caro, je me suis risquée à un premier essayage de robes de mariée. Le simple fait de regarder les vitrines des boutiques de robes de mariée me donnait des palpitations. Le syndrome de l’imposteur, vous dites ! Je m’attendais à ce qu’une vendeuse vienne me dire : « Va-t’en, on le sait que tu n’es pas une vraie mariée ! » Mais ce n’est pas arrivé, et après quelques hésitations j’ai poussé la porte de ma première boutique de robes de mariée. C’est impressionnant, une boutique de robes de mariée. Trop de vendeuses qui se tournent les pouces (ça ne se marie pas en fou à Montréal, ça a l’air), des robes de mariée à perte de vue soigneusement emballées dans des plastiques et des trop beaux salons d’essayage avec des miroirs à 360 degrés qui semblent te dire : « Tout ce qui est ici est trop cher pour toi ! » C’est finalement une vendeuse entre deux âges qui roucoulait comme Monique Jérôme-Forget qui m’a prise en charge avec l’attitude d’une femme qui sait de quoi elle parle. Elle m’a fait feuilleter un magazine et désigner les robes qui me plaisaient le plus. Après trois pages, elle a juré qu’elle avait compris ce que je voulais. On passe donc à l’essayage avec les robes de mon budget (j’avais dit 1000 $, à tout hasard) – c’est à dire quatre robes en tout et partout. Il ne faut pas trop de pudeur pour essayer des robes de mariée, car les vendeuses supervisent les opérations dans la salle d’essayage. C’est quand même une bonne chose parce que c’est du sport essayer ces trucs-là ! Des tonnes de tule, de la crinoline, des boutons et des lacets !
Et est-ce que le résultat en valait la chandelle ? Pas vraiment. Deux observations :
1 – Le blanc, ce n’est pas flatteur. Ça grossit et ça donne le teint blafard. Et que dire des satins luisants qui captent la lumière sur les bourrelets ? Pas flatteur, je vous dit.
2 – Dans le monde normal, 1000$ c’est beaucoup d’argent. Par exemple, à mon travail, ça représente plus de 50 heures de travail avant impôts. Mais dans le monde parallèle dans lequel évolue l’industrie du mariage, 1000$ c’est de la schnoute. Du bas de gamme. Là-dessus je citerais ma vendeuse: «Je sais ce que tu veux, mais il faudrait que je monte à 2000, 3000$…» D’ailleurs quand elle m’a entendu parler d’un budget de 1000 $, elle a naturellement pensé que ça voulait dire avant taxes, avant ajustements, avant accessoires. Car si elle m’a proposé des modèles de 1000 $, c’était pour mieux convenir qu’après toutes ces dépenses supplémentaires, ça reviendrait à 1 700 $ faciles.
J’en étais perdue dans mes réflexions, à me sentir vaguement cheap de rechigner à l’idée de flamber 3000 $ dans une robe de mariée étant donné que ma vendeuse avait l’air de trouver ça si naturel, lorsque la couturière qui passait par là a lâché cette bombe :
«Je sais que les bustiers sont courts, mais c’est parce que les robes viennent de Chine et que là-bas, les modèles sont plus petites…»
Pardon?! Je vais payer 1700 $ pour une robe faite en série en CHINE?!
Ça m’a fait revenir sur terre. Je me suis rappelée que, premièrement, c’est vraiment stupide de mettre autant d’argent dans une robe qui va finir comme déguisement d’Halloween pour nos enfants (en tout cas, si je me fie à l’exemple de la robe de mariée de ma mère, qui été convertie en robe de la fée des glaces par la suite), et que, deuxièmement, si j’avais envie de dépenser 1000 $ sur une robe, aussi bien me la faire faire sur mesure par une styliste québécoise ! Au moins, ça encouragera des artisans d’ici et je n’aurai pas à me contenter d’un bustier trop court parce que les Chinoises n’ont pas de boules.
Alors, la réflexion-de-la-mariée-du-jour : résistons à la pression de dépenser l’équivalent de l’achat d’une maison dans un événement d’une journée. Revenons à l’esprit d’origine des mariages. Que de charme dans le mariage de nos ancêtres avec sa «robe du dimanche» et qui se terminait par un bon repas maison avec la parenté !
Alors je vous laisse sur cette dernière phrase édifiante et je vous reviens dans six mois avec d’autres crises existentielles sur le thème fantastique du mariage…
PS. Si vous connaissez des jeunes designers/stylistes/couturières aux doigts de fée qui donnent dans le domaine de la robe de mariée, laissez-le moi savoir !
3 comments 13 novembre 2009
Être laid en 2009
Suite à la lecture de l’article publié par David Desjardins sur son blog portant sur la laideur, ou plutôt sur ce que c’est que de vivre quand on est laid, j’ai eu une multitude de réflexions. J’ai eu envie de les développer un peu ici.
Allons-y par points :
- L’enfant laid versus l’enfant beau
Plusieurs études scientifiques ont démontré que les enfants beaux reçoivent plus d’affection et d’attention que les enfants laids. C’est certainement vrai, mais ce n’est pas nécessairement pour le meilleur. Là-dessus, j’invoquerai une théorie défendue par l’une de mes émissions préférées, South Park, qui sous des dehors de vulgarité offre l’une des critiques les plus intéressantes de la société actuelle. Dans l’un des épisodes, on avance la théorie suivante : les enfants beaux ont tendance à devenir des adultes vides qui n’accomplissent rien dans la vie parce qu’ils sont trop habitués à la facilité, tandis que les enfants laids doivent développer leur personnalité, leurs talents, leur intelligence pour plaire et en conséquent, ont au contraire tendance à devenir des adultes plus intéressants. J’affectionne cette théorie parce que je la vois confirmée chaque jour sur facebook : retrouvant des connaissances du secondaire dont j’avais perdu le contact, je constate que beaucoup de gars ou de filles jadis « cool » n’ont absolument rien accompli dans leur vie entre-temps. Ceci dit, je ne pense pas, contrairement à beaucoup, que quelqu’un de beau soit automatiquement vide et que quelqu’un de laid soit automatiquement brillant, généreux, etc. À mon avis, c’est un reste de croyance judéo-chrétienne que de s’imaginer que Dieu a nécessairement distribué les qualités équitablement entre tous. J’ai des amies de filles qui ont tout pour elles : elles sont belles, gentilles, drôles, intelligentes. Et l’inverse se vérifie aussi. Il faut donc faire attention de ne pas tomber dans les stéréotypes de la belle fille conne, qui ne nous avance pas tellement plus.
2 – 99% de gens ordinaires
Je crois en effet qu’outre 1 % de gens irrémédiablement laids ou irrémédiablement beaux, la vaste majorité de l’humanité est composée de gens ordinaires qui doivent travailler sur eux-mêmes, extérieurement et intérieurement, pour plaire. Bien que l’argument de la beauté intérieure semble être une insulte aux gens qui se considèrent laids, pourtant c’est un fait que ce qui fait la vraie beauté vient du charme, de l’intelligence, de la personnalité, de l’attitude. La beauté physique, ça frappe pendant un moment, mais ça nous laisse sur notre appétit. Je crois que les hommes sont plus chanceux à ce chapitre : les filles sont beaucoup plus sensibles qu’eux à d’autres qualités que l’apparence physique, comme le charme, l’humour, l’intelligence, l’argent ou le standing social. Il y a quelques semaines, j’ai rencontré un Américain complètement complexé par sa petite taille et qui se plaignait à tout vent que les filles ne s’intéressaient pas à lui autrement que comme un « ami » à cause de sa petite taille. La vérité était que je n’avais pas remarqué sa taille (qui n’était tout de même pas celle d’un nain!) avant qu’il en parle, et qu’il m’est devenu antipathique à partir du moment où il s’est mis à geindre sur son sort. Ce qui est séduisant chez un homme, c’est l’attitude, la confiance en soi, l’assurance. Ce n’est pas sa petite taille qui le rend inintéressant, mais le complexe qu’il a développé à ce sujet et qui le rend si peu sûr de lui. Comme je l’ai dit, je pense que les filles sont plus sensibles à ces choses-là que les hommes, qui sont, de façon générale, plus attirés par la beauté physique ; mais ça n’empêche pas que l’attitude et la confiance en soi sont aussi extrêmement attrayants chez une femme.
3 – Le paradoxe
Quand j’étais au secondaire, je me tenais avec une fille qui était ronde (ce n’est pas un euphémisme dire qu’elle était obèse : elle ne l’était pas, elle était seulement plus grosse que la moyenne). Elle avait développé sur son poids une amertume qui la rendait absolument désagréable à fréquenter : elle carburait à la jalousie et déversait constamment son fiel sur les filles belles et minces qu’elle haïssait simplement parce qu’elles étaient belles et minces. Elle jetait régulièrement son dévolu sur des beaux mecs et après se désolait qu’ils soient trop superficiels pour s’intéresser à elle. J’ai toujours fort apprécié ce paradoxe : des gens laids qui voudraient séduire de belles personnes et qui s’indignent ensuite de la superficialité desdites belles personnes qui les empêchent de s’intéresser à eux, alors qu’eux-mêmes font preuve de la même superficialité en s’intéressant en exclusivité auxdites belles personnes ! La superficialité n’est donc pas l’apanage des beaux, mais celle de la société au complet… Ou certains diront qu’il s’agit en fait d’un déterminisme génétique : on cherche tous à s’accoupler avec ceux qui ont les meilleurs gènes…
En conclusion, ma mère utilise régulièrement l’expression : « Chaque guenille trouve son torchon » et j’ai tendance à y croire. Pour peu qu’on apprenne à être bien dans sa peau, à soigner ses qualités, à développer une attitude de gagnant et qu’on arrête de faire une fixation sur la séduction des pétards de ce monde, je crois que tout le monde peut trouver une personne pour l’aimer et le rendre heureux. Ce n’est certainement pas aussi facile pour tout le monde, mais le travail intérieur nécessaire pour en arriver là est encore plus important que le résultat lui-même…
1 comment 1 novembre 2009
Le pouvoir de la musique
(Linda)
En partance pour Paris et le Valais (Suisse), j’ai ajouté mon iPod dans ma valise avec une intention bien précise: lier à jamais ma pièce préférée, le Nocturne de Chopin (surnommé ainsi car c’est son nocturne trademark, sans toutefois être le seul) à des beautés rencontrées en cours de route.
Avez-vous remarqué que certaines chansons nous font penser à des événements, des lieux, des personnes, parfois sans qu’on sache pourquoi? J’ai pour ma part décidé de contrôler cet aspect de ma mémoire. Quand je suis devant une vue extraordinaire, je lance ma musique. Et ça marche! Pour moi, ce nocturne, c’est maintenant:

Le plafond de la basilique du Sacré-Coeur à Montmartre

Cette vision digne du Jardin d’Éden, à l’extrémité des Gorges du Trient, à Vernayaz

L’aiguille du Midi, sur le massif du Mont-Blanc, à 3842 mètres d’altitude
Et bien sûr, Chopin lui-même…
Et tout ce que j’ai à faire pour être là de nouveau… vous avez compris
Je vous reviendrai sous peu avec un bilan de ce voyage Extraordinaire! Prochaine étape: lobbying dans ma famille élargie pour un voyage de groupe à Rome et à travers la Sicile…
1 comment 4 octobre 2009
Aujourd’hui en Russie, j’ai découvert… le blocus de Léningrad
J’ai appris aujourd’hui qu’au court de la Seconde Guerre mondiale, débutée en 1941 en Russie et que les Russes appellent la « Grande Guerre patriotique », les Allemands ont fait un blocus de 900 jours sur Saint-Pétersbourg, alors appelé Léningrad. Le but des Allemands étaient de raser la ville, et ils ont en effet bombardé la majorité des bâtiments importants (la plupart des palais de l’époque impériale sont des reconstitutions). Pendant ce siège de 900 jours, les gens mourraient littéralement de faim dans la rue ; mon guide de voyage raconte que tous les animaux de compagnie ont été mangés, qu’on faisait bouillir les ceintures de cuir pour les manger, qu’on mangeait la tapisserie des murs, etc. Il y a même eu du cannibalisme. En tout, on estime qu’un million de gens sont morts, surtout de faim, pendant le blocus. Quand on sait que le nombre de victimes de la Deuxième Guerre mondiale aux États-Unis s’élève en tout à 700 000, on s’aperçoit que ce n’est en effet nullement comparable à ce qu’ont subi les Soviétiques pendant ce conflit. (21 millions de Soviétiques sont morts en seulement 4 ans de guerre).
1 comment 11 septembre 2009
